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L'Ardennais du 23 juin 2009

Bogny-sur-Meuse  

JAYOT-LCAB / L’an 1 de l’après Lenoir-et-Mernier

Premier bilan de l’entreprise liquidée devenue société coopérative ouvrière

Treize mars 2008. Au lendemain de la liquidation du groupe Lenoir-et-Mernier, une unité de l’ensemble se remet au travail sous forme de coopérative ouvrière de production. Avec le feu vert du tribunal de commerce. C’est l’aboutissement d’une réflexion menée avec Marie-Madeleine Maucourt, directrice régionale Nord-Est des Scop. Cette nouvelle PME redémarre donc avec 24 salariés-actionnaires à Gespunsart et Bogny-sur-Meuse. « Faute de repreneur, c’était le seul recours pour sauver l’outil de travail et quelques emplois. On n’avait pas le choix. Les syndicats nous ont mis sur la voie. Nous avons creusé le projet qui a abouti après un gros travail de fond » explique Jean-Paul Mayette. Celui-ci avec l’aide de Régis Méo qui était responsable logistique chez LCAB se lance dans une solide étude de marché, tout en restaurant la confiance des clients potentiels.

Sans langue de bois mais avec tout de même une certaine retenue mêlée de non-dits, Jean-Paul Mayette et Régis Méo restent pragmatiques. « Au pied du mur, les débuts n’ont pas été simples car nous avions l’habitude d’avoir des responsables au-dessus de nous ». Pas facile d’assurer du jour au lendemain des responsabilités administratives et financières et de discuter avec les banques quand on était auparavant à la production. Il a fallu s’habituer à ce nouveau rôle. « Ca ne s’est pas passé en claquant du doigt. On a « barboté » trois mois avant de gérer normalement la société avec l’envie que ça fonctionne ». Aujourd’hui, la Scop a trouvé son régime de croisière. Au point d’avoir embauché huit salariés supplémentaires. En avril et comme l’imposent les statuts, l’ensemble du personnel a perçu ses premiers dividendes, plus la participation. « L’entreprise tourne mais on ne veut surtout pas être cité en exemple. Il y a encore du chemin à faire. Car la crise est là… ». Spécialisée dans la fabrication de pièces d’adduction d’eau (colliers, clés de fontainiers, brides.), d’électrification et d’équipements routiers, Jayot-LCAB espère voir les collectivités locales débloquer leur budget. « Et s’investir sans compter ».

      

L'Ardennais du 4 juin 2009

La Beuquette / Camarades

Nadia, ouvrière de Gespunsart, et Francis, forgeron des Mazures, sont en photo dans un récent numéro du Nouvel Observateur. On les voit à l’œuvre dans l’ex-usine de Gespunsart qui aurait dû sombrer dans le scandaleux naufrage de Thomé Génot, dont elle était une filière. Contre vents et marées, s’y est constituée une coopérative ouvrière de production (Scop), dont le magazine tient à célébrer le premier anniversaire. Elle rassemble vingt-quatre salariés volontaires. Tous actionnaires de l’entreprise, ils disposent chacun d’un droit de vote pour les grandes décisions.
Le Nouvel Observateur affirme qu’en France, les deux mille coopératives ouvrières de production sont « solides face à la crise ». Puissent Nadia, Francis et leurs vingt-deux camarades ne pas le démentir ! Longue vie à la Scop Jayot de Ch’ponsart ! Yauque, nem !
Yanny Hureaux

Le Nouvel Observateur du 20 mai 2009

40 000 salariés en France

Les coopératives solides face à la crise

Cela fait plus d'un siècle que les forges Jayot sont connues dans les Ardennes, depuis ce jour de 1892 où Emile Jayot, qui venait de décrocher son brevet de maître de forges à l'Exposition universelle de Paris, a installé un petit atelier de ferrures à Gespunsart. Mais cela fait tout juste un an, après deux liquidations successives, qu'elles se sont transformées en coopérative ouvrière de production (Scop), avec le concours de 24 salariés volontaires. Un premier anniversaire fêté en plein marasme économique, mais sans encombre.
Les Scop, qui concernent environ 40 000 salariés et 2 000 entreprises en France (dont Chèque Déjeuner, le mensuel «Alternatives économiques», le réseau d'auto-écoles ECF, l'Orchestre Colonne...), ne sont pas les plus mal loties par mauvais temps. «Leur statut les oblige à transformer automatiquement une partie de leurs profits annuels en fonds propres, indique Patrick Lenancker, président de la Confédération générale des Scop. C'est un matelas de sécurité en période de crise.» A l'écouter, leur taux de survie à cinq ans (62%) serait également plus important que pour une entreprise classique (52%). Et leurs performances dans l'industrie en nette progression au cours des dix dernières années, que ce soit en nombre de sociétés (+4,8%), en effectifs (+9,9%), en chiffre d'affaires (+61,7%) ou en résultat net (+258%). Les coopératives de salariés (tous actionnaires, avec droit de vote pour le choix du conseil d'administration et les grandes décisions) restent cependant très marginales en France, contrairement à l'Italie et surtout à l'Espagne, où elles emploient près de 300 000 salariés, comme la fameuse Mondragón Corporación Cooperativa, propriétaire, entre autres, de Fagor et Brandt.

Journal ECONOMIE l'Union du 15 novembre 2011

«On n’avait pas le choix.» L’entreprise Jayot-LCAB, à Bogny-sur-Meuse et Gespunsart, dans les Ardennes, est une Scop depuis le 13 mars 2008. Non par choix philosophique ou politique de ses salariés, mais tout bonnement comme solution suite à la liquidation de la société Lenoir-et-Mernier. «Au tribunal de commerce, face aux autres entrepreneurs, nous apportions avec cette formule la solution la plus viable grâce à un apport financier de près de 600.000 euros», témoigne Jean-Paul Mayette, gérant de la Scop. Pour atteindre cette somme, il a fallu que les 34 salariés-associés versent la totalité de leurs droits Assedic dans la cagnotte. Soit 51 % du capital qui s’élève pour la totalité à 1, 2 millions d’euros. Autrement dit, la transformation en coopérative a été saisie comme la solution de la dernière chance. Un basculement qui n’a pas été de tout repos pour les 70 salariés de la société liquidée. D’abord, même si certains avaient l’âge de la retraite, il a fallu «choisir» ceux qui poursuivraient l’aventure. Moment difficile et douloureux bien que certains, inquiets de la forme juridique choisie, ont préféré ne pas s’engager. «Ils ont été embauchés plus tard, rassuré par le bon fonctionnement de la société coopérative», souligne le gérant qui avait déjà tenté de reprendre par deux fois une partie de l’entreprise Lenoir-et Mernier en SA, laquelle fut attribuée en 2004 à un groupe américain qui déposa ensuite le bilan en 2007. «Moi-même, je ne suis pas particulièrement promoteur du principe de la Scop. Il se trouvait seulement que c’était la forme juridique la plus adaptée au moment de la liquidation judiciaire», reconnaît Jean-Paul Mayette.

Pas toujours bien vues

«Les Scop sont souvent mal vues, assimilées trop souvent aux idées révolutionnaires, or ce n’est pas le cas : nous sommes une société comme les autres avec les mêmes contraintes, seulement le mode de fonctionnement est légèrement différent.» En effet, si les orientations de la société dans les grandes lignes sont soumises au CA — «et dans 99 % des cas tout se passe bien»- on ne trouve pas là une «situation comparable à Lip dans laquelle, alors que l’usine était liquidée, les salariés continuaient à travailler et produire hors de tout cadre juridique légal.» En ce sens, la Scop ne peut être strictement identifiée à l’autogestion qui rappelle davantage les luttes ouvrières contre le patronat.
Il reste que, passé le cap des trois années fatidiques, le personnel d’encadrement peut désormais lever quelque peu la tête du guidon. Et faire un bilan d’étape. «Pour moi, la Scop implique plus qu’ailleurs l’engagement de tous et des sacrifices, surtout au début où on ne doit pas compter ses heures», insiste Jean-Paul Mayette qui se rappelle que faute de commercial ou de comptable il avait dû «se débrouiller».

L’engagement de tous

Encore aujourd’hui, le personnel d’encadrement, en partie, assure la gestion le matin et passe aux ateliers de production l’après-midi. La Scop suppose donc un investissement qui s’appuie sur le nécessaire engagement de tous. Car ici l’entreprise, peut-être plus qu’ailleurs, repose sur la qualité des individus qui la compose. «Or, il y en a encore certains qui n’ont pas intégré le principe de la coopérative et ne s’impliquent pas à 100 % comme il faudrait», regrette le responsable qui après trois années d’exercices a été reconduit par un vote comme le stipule la loi. Régis Méo, responsable logistique, renchérit : «C’est séduisant mais il est vrai que ce n’est pas pour autant que cela fonctionne toujours bien.» Il n’empêche, de son côté, Anne-Laure Mertz, qui s’occupe de toutes les tâches administratives, exceptée la comptabilité, apprécie le fait d’exercer dans une structure coopérative. «Les rôles et tâches sont moins compartimentés et les rapports hiérarchiques moins pesants.»


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